Depuis quatre ans, Point Éphémère affirme son engagement pour le dessin, en l’invitant par l’exposition, mais aussi en lui offrant des espaces de travail.
Nous souhaitons effectivement soutenir une pratique particulièrement riche et foisonnante en France, libre dans ses moyens et ses expressions, où la contestation et la dérision sont souvent des valeurs partagées.
Notre politique active de soutien à l’illustration et à la bande dessinée nous a semblé particulièrement cohérent par rapport à notre public, à la programmation de la salle de concert, à la configuration de la salle d’exposition et enfin à nos sensibilités personnelles.
Ainsi, à un rythme rapide, nous organisons des expositions montrant toutes les facettes d’un art particulièrement fécond en France. Les styles sont extrêmement différents mais le public de plus en plus nombreux. Les expositions proposent à la vente les planches et les dessins originaux.
La résidence
Les ateliers sont ouverts à la résidence. Nous envisageons un nouveau mode de fonctionnement pour la saison 2011/2012, mélangeant à la fois la résidence très courte pour des projets spécifiques, et beaucoup plus longue permettant un dialogue continu.

Avez-vous vu Planète Molle, Viandock, Cuisine à la tronçonneuse, le Mystère de l’antichambre du vestibule ? Non ? C’est normal. Ils n’existent pas. Enfin pas tout à fait… Ce sont quelques uns des films imaginés par Dylan Pelot pour son Encyclopédie du film introuvable. Durant une dizaine d’années, ce sont plus de 150 films qui ont été pastichés ou créés de toute pièce, avec leurs histoires, acteurs, fiches techniques, contexte historique et tout le toutim. Sur la base de croquis détaillés, il a pris en photo une centaine de figurants en costumes, et en situation, y a ajouté maquettes, décors, en respectant scrupuleusement les codes graphiques des époques des films pastichés. Un travail colossal. Fin des années 2000, Fluide Glacial s’intéresse au projet et en publie quelques perles avant d’en faire une série régulière. Puis, en janvier 2013, Dylan meurt par hasard, et sans prévenir. Sous l’impulsion de Fluide Glacial et de ses parents, son ouvrage verra pourtant le jour. Sous le signe du Z propose un échantillon de ces affiches, photos, maquettes, masques et accessoires ayant servis à la création des films et donne un aperçu de l’univers du père de l’homme frite et de Sissi circulaire…
Dylan Pelot – dit “Didiche” – est un illustrateur, plasticien et musicien. Diplômé des beaux arts d’Epinal, il créé avec ses amis le groupe les fils de Crao, réalise des clips graphiques et écrit plusieurs livres jeunesse dont le célèbre Victor qui pète, illustré par Mathis. Il sévit également comme illustrateur sur d’autres ouvrages dont Claude Zilla ou encore Vincent, le chien terriblement Jaune. Il crée son association : le Wonder Krad Atelier (WKA) et travaille en qualité de professeur de monstres. En 1997, il réalise un court métrage qui fait le buzz à une époque où Youtube n’existe pas encore : La nuit de l’invasion des nains de jardins venus de l’espace, une fausse bande annonce de série Z dont la voix off, exécutée par Daniel Prévost en anglais approximatif, est une performance encore inégalée à ce jour…

Quel effet le désir imprime-t-il sur notre perception des objets ? Cette question contemporaine, largement exploitée dans les mouvances du féminisme, de l’art corporel, de la photographie de l’« extime » ou de la sculpture biomorphique, trouve dans les propositions d’Axelle Remeaud l’occasion d’une synthèse esthétique, voire esthétisante. Ni renouvellement de la critique de l’aliénation sexuelle, ni grand discours sur l’émancipation, cette œuvre émergente neutralise les grands mots au profit des images. Avec Métonymiques, la référence à la littérature ne vise donc pas tant la parole poétique que l’imaginaire qu’il suscite à coup de déplacement, de déformation, de fragmentation, de travestissement et de métamorphose. Les œuvres d’Axelle Remeaud travaillent ces relations substitutives (la réduction du tout à la partie, du contenant au contenu, de l’artiste à l’oeuvre) pour exploiter au mieux la plasticité de notre visibilité libidinale : le fétichisme, le voyeurisme, l’exhibition, en un mot les modalités du fantasme, jusqu’à la plus sadique. Le mécanisme du désir n’est en effet pas ici pure affirmation, il se compose des rejets et des différés dans lesquels se noue la relation à l’objet, selon un jeu bien connu des psychanalystes entre pulsion de vie et pulsion de mort. A travers des chignons montés en trophée, une assemblée de sculptures-poings ou des seins d’agrumes fixés dans du miel, Axelle Remeaud exploite, avec un réel souci du matériau, la créativité plasticienne de nos regards intimes.
La métonymie est un moyen d’atteindre un objet par un détour symbolique. Dans le travail d’Axelle Remeaud, ce détour prend une forme plastique, celle de matériaux appréciés pour leurs capacités métamorphiques : matières organiques (résine) et biologiques (végétales, animales), ou matériaux picturaux (du papier à l’image vidéo). La valorisation de la matière compense en un sens la perte de l’objet, déformé par nos perceptions désirantes, mais elle permet surtout, et avant tout, de séduire le public. Le scintillement d’avant-bras comme taillés dans la glace, le composé chromatique des tableaux de miel, la netteté du trait ou la préciosité d’un squelette emplumé sous cloche accrochent le regard du spectateur, et le dispose à la contemplation. Pourtant en seconde approche, l’œuvre révèle des aspects troublants, freinant l’élan d’adhésion et lui opposant un retour pulsionnel, une répulsion. Chevelure par exemple manifeste en première lecture tous les attraits d’une pièce onirique, mobilisant l’imaginaire enfantin des princesses aux longueurs capillaires, la charge érotique de la représentation classique de la féminité et la symbolique de la sophistication séductrice. En seconde analyse toutefois, le chignon se fait instrument d’une réification de la femme, montée en trophée de chasse, face auquel s’installe un certain malaise, accentué par l’absence de visage, fantomatique ou mortifère. La multiplication des chignons confirme l’expérience d’un objet étrange, semblant se replier sur lui-même, et créant en son milieu, sous des atours brillants, une sorte de béance, un point de fuite sombre, une menace d’invagination.
Bien que nourri des réflexions sur le corps féminin (de Woolf à Foucault), ce travail interroge moins la sexualité comme fait social qu’en tant que medium à part entière, ressort d’une fantasmatique inépuisable. Assumant l’héritage des plasticiennes qui lui ont ouvert la voie (davantage Claude Cahun, Mireille Havet et Kiki Smith que Bourgeois et Messager), Axelle Remeaud travaille en femme émancipée, affranchie, parfois éhontée, avec les codes de son propre corps, sans complaisance, ni victimisation, avec un humour parfois proche de celui de Sarah Lucas, cherchant peut-être à expérimenter ce que Lacan entend par jouissance, le sentiment doux-amer du réel, qui va « de la chatouille à l’immolation ».
Florian Gaité, mai 2013

Platland © propose des objets «superficiels* non durables**» pour le quotidien, conçus et produits en France, imprimés en sérigraphie artisanale, en réponse «à l’augmentation possible des salaires en Chine et à la baisse certaine de l’imagination au niveau mondial et notamment en Europe post-coloniale». Design inventif, low-cost, écolo-responsable, s’affranchissant et jouant des codes de la décoration intérieure de masse tout en questionnant notre imaginaire collectif, objets conceptuels, Platland «assume d’apporter du contenu à l’offre continuellement renouvelée des nouveaux objets trop nécessaires, à peine achetés et déjà obsolètes, et de diffuser ses valeurs de marque dans l’inconscient collectif : sens critique, polysémie, dérision et franchise. » Seront présentées pour ce lancement les «Trans-lucides», une série de lampes constituées de simples feuilles de papier à rouler-poser-allumer (elles sont garnies de rubans de LEDs basse consommation), ainsi qu’une série de prototypes et d’objets en prévente (également sur www.platland.fr). Préfiguration des ateliers de production participatifs qui seront prochainement proposés à La Forge à Belleville, venez aussi vous réapproprier les moyens de productions et participer à l’impression en sérigraphie d’affiches en série limitée…
Platland © est une marque créée par Polysémique, studio de design graphique basé à Saint-Denis, 93.
* des surfaces à rouler/plier/accrocher/poser…**, non durables dans l’environnement
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En résidence à La Forge à l’automne 2013